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19 avril 2019

Aux cralottes silencieuses

Jadis, dans les villages du florentinois, comme dans beaucoup d'autres villages du département, les cloches des églises sonnaient régulièrement pour annoncer les offices religieux, l'angélus (trois fois par jour) et occasionnellement fêtes, deuils ou catastrophes.
Lors de la Semaine sainte précédant Pâques, du jeudi au dimanche midi, les cloches devenaient silencieuses par respect au Christ décédé. On expliquait aux jeunes enfants, étonnés par ce silence, qu'elles étaient parties à Rome pour revenir le jour de Pâques distribuer des œufs.
Durant cette période, c'était aux enfants de chœur d'avertir la population. Pour cela, ils faisaient le tour des villages et hameaux en faisant tourner des "cralottes" (plus connues sous le nom de crécelles), certains criaient, les plus doués chantaient. 

Un exemple de crécelle appelée "cralotte" dans notre département

Le samedi, toujours au son des "cralottes", ils allaient de porte en porte à la quête aux œufs.
C'était les "roulées".
En récompense pour cette relève des cloches, chaque famille donnait soit des œufs frais, soit des œufs durs parfois teints avec des produits naturels tel que la pelure d'oignon, épinard, jus de betterave, etc  ou à défaut de la menue monnaie et autres victuailles.
De retour à l'église, un partage était fait équitablement en présence du curé et chacun retournait chez lui avec son précieux butin.
Ce sont des scènes que l’on pouvait observer au 19ème siècle et au début du 20ème. 

Dans les années 60,  les cloches n'étaient plus très actives.
L’angélus n'était plus sonné mais les roulées se pratiquaient encore dans certains villages. Les enfants de chœur quêtaient généralement en couple, l'un tenant un crucifix, l'autre un panier. 
En fin de matinée, plus tard parfois, ils se retrouvaient tous dans une cabane, un "repère", pour partager une omelette agrémentée de brindilles et de coquilles, ...et accompagnée de vin du curé !
Le jour de Pâques, au retour des cloches, les plus jeunes enfants cherchaient et ramassaient les œufs parsemés dans les cours et jardins.  Des vrais, des durs, des colorés, ...des tatoués que mères ou grand-mères avaient pris soin de teindre ou de décorer.
A chéu où la ferveur religieuse était moindre que dans les villages voisins, cette pratique n'existait déjà plus. Seul le facteur bénéficiait encore des roulées lors de sa tournée précédant ou succédant Pâques. Il repartait avec une sacoche bien remplie et pas toujours par le chemin le plus court.

Dans les années 70, cette tradition disparut petit à petit. Les enfants de chœur étaient devenus de plus en plus rares, les curés et les pratiques religieuses aussi.
En héritage de ces coutumes, reste aujourd'hui la chasse aux œufs et autres : poules, lapins, cloches, poissons, etc ...
Joyeuses Pâques 😊






14 avril 2019

A saute-mouton


Un des jeux les plus populaires dans les cours de récréation vers la fin du XIX° siècle.
Il aurait inspiré les ingénieurs ferroviaires de l’époque pour nommer un dispositif permettant à une voie ferrée d'en croiser une autre en passant par-dessus, ou par-dessous, afin d'éviter un cisaillement.

A Chéu, ce n'est pas une, mais deux structures de ce type que nous pouvons voir. Elles se situent sur la ligne PLM proche du lieu-dit des Pourots.
Ces deux structures associées à un pont qui semble aujourd'hui arrivé de nulle part, auraient dû servir au quadruplement des voies entre St-Florentin et Tonnerre. Un projet qui n'a jamais été finalisé, les crédits ayant été "détournés" pour le financement de l'électrification de cette ligne.


PLM à Chéu
Vue 2019, origine google maps
Cercle rouge : le saut-de-mouton n°1 non utilisé.
Cerclé bleu : le saut-de-mouton n°2, converti en pont routier pour la D34 afin de supprimer le passage à niveau (cercle violet).
Cercle jaune : le pont non utilisé.
Cercle violet : l'emplacement du bâtiment du garde barrière construit à l'origine du chemin de fer et aujourd'hui disparu.

***

Ces structures ont été réalisées entre 1946 et 1948.


Chéu, ancien pont PLM
Le pont, cliché de 1947



Chéu, saut-de-mouton n°1 des pourots
Saut-de-mouton n°1, cliché 1947

Chéu, saut-de-mouton n°2 des pourots
Saut-de-mouton n°2, cliché 1947

En 1947, les tabliers des sauts-de-moutons ne sont pas encore positionnés.

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Chéu et PLM
Vue générale, cliché du 20 Août 1948
En Août 1948, le chantier est presque terminé.

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Chéu et PLM
Vue générale, cliché du 11 Septembre 1960
En 1960, les structures et les remblais sont bien visibles. La ligne est électrifiée, depuis 1949.

La section Laroche-Migennes – Dijon a été mise en service le 22 décembre 1949.
La voie Dijon – Laroche-Migennes fut inaugurée le 15 Mars 1950.

Classe Mountain série 241 P

Classe BB série 8100

Ci-dessus, l'un des derniers modèles de locomotive à vapeur et le premier modèle électrique à circuler sur cette ligne.


***

Mais revenons à nos moutons.
Plutôt à nos sauts-de-moutons !

Chéu, saut-de-mouton n°1
Chéu, saut-de-mouton n°1
Vues du saut-de-mouton n°1

Chéu, ancien pont
Le pont
Le remblai de gauche a été "grignoté' pour construire la déviation de la D34 qui passe aujourd'hui sur le saut-de-mouton n°2.

Chéu, saut-de-mouton n°2
Vue du saut-de-mouton n°2 avec la route qui passe au-dessus

Chéu, PLM déviation D34
C'est tout frais, cliché du 18 Août 1977
Cette déviation a été ouverte à la circulation pendant l'été 1977.

Bonne route !

Sources : IGN, ITFF, Wikipédia.
Assemblage: LeChéutain




Vent des Rameaux

Aujourd'hui, jour des Rameaux, petite brise venue du Nord-Est.

D'après de nombreux dictons , le vent des Rameaux serait le vent dominant de l'année.
En voici une liste non exhaustive :
  • Le vent qui mène la bannière le jour des Rameaux tirera jusqu'à la Saint-Martin.
  • Vent bénit aux Rameaux ne change pas de sitôt.
  • Le vent du jour du buis dure aussi longtemps que lui.
  • Le vent, pour les Rameaux, bénit. Toute l'année souffle et s'ensuit.
  • Vent qui bat les Rameaux, bat neuf mois de l'année.
  • Le vent qui tire pour les Rameaux, tire toute l'année.
  • Si le vent est Nord le jour des Rameaux, de toute la saison il ne fera pas chaud
  • Le vent qui souffle sur les Rameaux soufflera sur la moisson.
  • S'il pleut aux Rameaux, il pleut sur la faux.
  • Le vent qui a soufflé pendant l'office du dimanche des Rameaux sera le vent de l'année : c'est le coq du clocher qui en a décidé.

L'été devrait donc être pas trop chaud et sec.

A surveiller !




11 avril 2019

La géométrie revisitée façon Carlos


Jusqu’à maintenant en géométrie, nous avions :

Le polygone avec 3 cotés, le triangle.
Avec 4, le carré.
Avec 5, le pentagone.
Avec 6, l’hexagone.
Avec 7, l’heptagone.
Avec 8, l’octogone.
Avec 9, l’ennéagone.
Avec 10, le décagone.
Etc, etc …

Et aujourd’hui, nous avons le polygone avec des millions de côtés,
...
Le Carlosgone 😃

Petite blagounette soufflée par un donateur !

A bientôt.

LeChéutain.


6 avril 2019

Tony au Karaté.




En complément à la publication du Chéutain sur Facebook.

Chéutain depuis bientôt deux ans, Tony brille dans son art.
On lui souhaite le meilleur parcours possible.
A suivre ...


Ci-dessous, l'article de l'Yonne Républicaine paru le Jeudi 4 Avril 2019.



Sa bio, son palmarès, ses échéances.


Combien, ça lui coûte :



Voir aussi l'article en ligne de L'Yonne Républicaine.


4 avril 2019

A nos arbres sacrifiés


Sur la route communale menant à Vergigny, quelques fûts de chêne allongés dans l'attente d'être enlevés.



Des fûts à l’affût !
Sont-ils prévus eux aussi au marché Chinois, pour revenir éventuellement sous forme de parquets ou autres produits transformés ?
Nos scieries se meurent ..et nos politiques ferment les yeux préférant faire risette à l'empire du milieu !

Prière de ne pas s'écarter !


Quoiqu'il en soit, stockés si près de la voie de circulation et sans être signalés, ils représentent un danger pour les usagers de cette route.
Mr. le Maire, pourvu que personne ne s'encastre en attendant leurs enlèvements !

***

Mise à jour du 7/5/2019
Fin Avril, les fûts ont été enlevés.
Heureusement, aucun accident a déplorer !









A nos morts délaissés


Sur ce monument commémoratif, érigé en 1872-73 par Louis Gourmand sur une parcelle lui appartenant, et visible sur la route D43 à mi-chemin entre Chéu et la gare Saint-Florentin-Vergigny, sont gravés les noms des jeunes gens morts pour la patrie lors du conflit franco-prussien de 1870-1871.


Chéu, monument aux morts de 1870
Face Nord-Ouest

Face Nord-Est


GUILLOT ANATOLE 
(marin) 
décédé en mer le 21 
avril 1871

HARRIOT CLARISSE
(Chasseur à pied)
décédé à Chéu
le 4  7bre 1872

EMILE MILLON
Garde mobile
décédé à Chéu
le 12 juin 1874

République Française
Campagne 1870-71

Les jeunes gens de la 
commune de CHÉU
à leurs camarades 
morts pour la patrie

7bre = septembre

Face Sud-Est
Face Sud-Ouest

VIAULT JULES
Décédé à CLAMECY
le 10 Xbre 1870
(garde mobilisé)

MAXIME CHEREST
décédé à Chéu
le 3 janvier 1874
(garde mobilisé)

Erigé par L.Gourmand
dans sa propriété

Xbre = décembre

Ci-dessous quelques photos du début du XX° siècle.




Chéu, monument aux morts de 1870, photo de 1906
Prise de vue de 1906


De nos jours, la parcelle a changé de propriétaire, probablement lors du remembrement.
L'état de l'édifice ne semble pas s'être trop dégradé depuis le début du XX° siècle, les impacts visibles actuellement existaient déjà, légèrement moins prononcés.
Le chapeau "château", envolé fût un temps, est revenu le coiffer.
Le socle fissuré coté Sud-Ouest semble maintenant se désolidariser.
La face Sud-Ouest est noircie par les champignons et lichens.

Les monuments de 1870 sont assez rares et souvent uniques, bien loin des modèles de série des édifices plus récents. Celui de Chéu est doté d'une coiffe qui est loin d'être banale.
Il serait donc dommage qu'il disparaisse emportant ainsi dans l'oubli ces braves jeunes gens.

Quelles sont les obligations du propriétaire ?
Autant la législation est claire concernant les monuments aux morts des deux grandes guerres, en grande majorité publics, autant elle est floue concernant les autres monuments de commémoration (1870, Afrique du Nord, Indochine), ces derniers étant en majorité privés.
A savoir aussi qu'un propriétaire peut bénéficier d'aides publiques pour l'entretien, il se mettrait donc vite en indélicatesse s'il ne faisait rien.

Sujet abordé au Sénat, en 2013.

Afin d'éviter un coup dur, ne serait-il pas judicieux de la part de la municipalité de trouver un accord avec le propriétaire actuel pour que ce monument soit entretenu et conservé de manière pérenne ?

***

Ci-dessous la délibération extraordinaire du Conseil municipal du 24 septembre 1872 statuant la demande de Louis Gourmand et des pétitionnaires :

L’an mil huit cent soixante-douze, le vingt-quatre septembre, le Conseil municipal de la commune de Chéu réuni extraordinairement sous la présidence du Maire, en vertu de l’autorisation préfectorale, en date du 20 courant se sont trouvés présents MM. Bâcle Ulysse, Goulley Victor Jean-Maurice, Coutant Toussaint, Chevance Ferdinand, Cornat Frédéric, Harriot Jean-Louis, Clémendot Victor Alexandre et Clémendot, maire.

Monsieur le Maire donne connaissance d’une pétition adressée à Monsieur le préfet  par le sieur Gourmand Louis en son nom personnel et au nom des jeunes gens de la commune tendant à obtenir l’autorisation d’élever un monument à la mémoire de ceux de leurs camarades morts qui ont fait la campagne de 1870-71 et demandant que ce monument soit érigé à l’endroit qu’occupe la croix qui se trouve sur la place publique (1)
Il invite en conséquence le conseil à donner son avis sur l’objet de la pétition dont il s’agit.
Le conseil, après avoir délibéré est d’avis qu’il y a eu lieu de conserver la croix existant sur la place publique et que le monument projeté ne saurait le remplacer.
En conséquence, il estime qu’il ne peut être fait droit à la demande des jeunes gens de la commune pour ce qui concerne l’emplacement qu’ils ont désignés.
Le conseil ne verrait aucun inconvénient à ce que le monument fut érigé à l’intersection des chemins 34 et 43 et donne dès à présent son adhésion au cas où cet emplacement serait agréé par les pétitionnaires.

(1) La croix et la place publique feront l'objet d'un autre article.

Source : AD








20 mars 2019

La croix Saint Bernard



Chéu, croix Saint Bernard



Socle coté route

Sur son socle est écrit :

CETTE CROIX FUT POSÉE 
EN L'HONNEUR DE 
SAINT BERNARD 
PAR ALEXANDRE ET 
ADELINE ARNAULT 
DE JAULGES 
CE 17 AVRIL 1841

***

Cette croix est visible sur la route communale C8, au lieu-dit entre les deux chemins, à proximité de la parcelle ZH1.


Localisation de la croix (cercle rouge)







Plans cadastraux

Depuis 2008, les plans cadastraux de la commune de Chéu sont consultables gratuitement sur Internet à cette adresse.
L’inscription n’est pas obligatoire pour une simple consultation (vue d’ensemble ou par section), elle l’est uniquement pour passer commande.
Ce service permet d'imprimer un extrait du plan cadastral, la liste des parcelles correspondantes avec leur adresse et leur surface, ainsi qu'un plan de situation.
Les informations supplémentaires, comme par exemple un extrait de la matrice cadastrale (relevé de propriété) de chaque parcelle, peuvent être obtenues uniquement en mairie ou au centre des impôts fonciers à Auxerre (8, rue des Moreaux).

Il est possible aussi de consulter ces plans sur le Géoportail qui offre beaucoup plus de fonctionnalités, comme par exemple mixer les parcelles cadastrales avec d’autres fonds de carte.

Ci-dessous, une association avec les limites administratives (jaune), les sections cadastrales (orange) sur un fond de carte topographique.

Finage de Chéu avec sections et parcelles cadastrales (2019)


Les plans cadastraux (ainsi que les matrices) sont aujourd’hui mis à jour régulièrement mais n’oublions pas qu’ils ont pour origine les plans de l’ancien cadastre de 1810, dit napoléonien, ces derniers ayant fait référence jusqu’au remembrement cadastral de 1975.
Cette opération de remembrement a eu pour but de faciliter l’agriculture, qui se mécanisait, en créant de plus grandes parcelles. Elle apporta aussi de nombreuses modifications dans le paysage de l’époque (suppression ou déplacement de chemins, de fossés, de haies, de talus …), et avec malheureusement des impacts environnementaux.
Ces plans « ancestraux » sont consultables en ligne sur le site des archives départementales de l’Yonne.

Ci-dessous, pour exemple, le plan d’assemblage de la commune de Chéu.

Plan d'assemblage (1810)
Avec un zoom sur le village.

Zoom sur le village (1810)

Le Chéutain essaiera ultérieurement de reconstruire ces plans, section par section, afin de les rendre lisibles sur ce blogue. A suivre ...












6 mars 2019

Plan d'arpentage de 1783


Ci-dessous, de différents "clichés" issus du plan d'arpentage de 1783.



Plan général


Annotation de Pierre Dubray, géomètre et arpenteur royal


Répartition foncière


Plan large du village avec les principaux axes de communication


Plan serré du village



Sur ce dernier, il est possible de deviner les fiefs/seigneuries de l'époque.
Sont-ce les mêmes qui apparaissent sur la carte de Cassini ?









Chéu - Toponymie


Toponymie du village de Chéu au fil du temps.


Celtique : Caducus
Source : Bulletin de la Société archéologique de Sens - 1861

Au VII° siècle  : Cadugius (Testament de Saint Vigile, évêque d'Auxerre vers 680)
Source : Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, année 1891, vol. 45
Bulletin de la Société archéologique de Sens - 1858

Au XII° siècle  : Chéu
Source : Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, année 1891, vol. 45

Au XIII° siècle : Chaducum, Chau
Source : Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne, année 1891, vol. 45

Au XVIII° siècle : Cheü, Chéü
Source : carte de Cassini (1793, an II), plans d'arpentages.

Sans période précisément définie : Villa de Caduco, Caducum, Châu
Source : Histoire de l'abbaye de Pontigny par Vaast Barthélemy Henry, dit l’abbé Henry (1839)



Cette liste reste ouverte.






Cahier de doléances 1789 - Tiers État de Chéu

En 1789, et ce depuis plusieurs années, la France est en crise financière, sociale et politique et les diverses réformes pour tenter de sauver l’ancien régime ont toutes échoué.
Devant cette impasse, le 24 janvier 1789, le roi louis XVI convoque pour le 1er Mai 1789 les Etats Généraux (composés 1154 députés répartis sur trois chambres) afin d’essayer de trouver une solution.

Pour servir aux Etats généraux, des cahiers de doléances sont rédigés en mars-avril 1789 par la noblesse, le clergé et le Tiers-Etat.
Ces cahiers contiennent plaintes et vœux des populations que doivent présenter les députés élus aux Etats généraux.

Ci-dessous, la transcription du cahier de doléances du Tiers État de Chéu faisant suite à une assemblée du 15 Mars 1789.




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Cahier de doléances du Tiers État de Cheu (Yonne) 


Cahier des demandes et doléances de la paroisse de Cheu, élection de Saint-Florentin. 

1°. Les habitants de la paroisse de Cheu chargent leurs représentants aux États généraux de prendre une communication exacte de l'état actuel des finances, lequel sera certifié véritable parle sage ministre qui en est chargé ; 

2°. De voter pour l'unité et l'uniformité de l'impôt, lequel sera supporté par les trois Ordres, chacun à raison de ses propriétés, facultés et industrie, qui ne sera accordé que pour le temps fixé par les États généraux, sans qu'il puisse être prorogé ni augmenté, consenti ou enregistré par les cours de parlement au delà du terme, ou par quelque autre Cour qu'on voudrait lui substituer, quelque dénomination qu'on veuille lui donner, pour quelque cause ou prétexte que ce puisse être, entendant que les États généraux soient convoqués toutes les fois que le besoin le requerra ;

3°. De ne consentir aucun impôt avant qu'on ait fait droit sur les réclamations du Tiers état. 

4°. Demander que les provinces s'abonnent avec le Roi ; que chaque province sache ce qu'elle aura à payer, de manière que l'impôt n'excède pas ses forces réelles ; en conséquence, faire procédera une nouvelle répartition de province à province, dans laquelle la province de l’Île-de-France sera diminuée : on sait combien elle est foulée ; plus on s'éloigne de la capitale, plus son terrain devient sec et aride, et plus les communications pour le transport des denrées sont difficiles. Nous en donnons pour exemple les élections de Saint- Florentin, Tonnerre et Vézelay. Les justes proportions de l'imposition n'ont point été observées à l'égard de ces élections avec celles de la Brie et des voisines de la ville capitale.

5°. Demander que, dans la distribution de l'impôt de la province pour chaque élection et pour chaque paroisse, cette justice distributive soit scrupuleusement observée ; que chaque paroisse fasse son imposition elle-même sans frais, sans le secours de ces subalternes connus sous le nom de commissaires, qui coûtent gros aux contribuables, qui ne leur sont d'aucune utilité et qui les premiers ont introduit l'arbitraire. 

6°. Dans la possibilité de réunir tous les impôts dans un seul ou dans tout autre système, demander la suppression des droits d'aides, des gabelles et tous autres droits appartenant aux cinq grosses fermes, la diminution des entrées de Paris ; rendre toutes les productions de la terre, comme le sel et le tabac, marchands ; d'accorder en un mot liberté entière du commerce, de le débarrasser des entraves qui le gênent et qui dégradent l'humanité ; simplifier les impôts et leur perception. 

Quelle économie pour le trésor royal ! Quelles richesses pour les sujets ! Le Roi en deviendra plus riche, les sujets plus à leur aise. Ils seront débarrassés d'une cohorte de gardes, de commis qui les ruinent, qui les vexent par une foule de procès-verbaux, injustes pour le plus grand nombre, tous ruineux. Le Souverain a-t-il besoin de cette armée de satellites qui dévorent sa partie la plus claire de ses finances pour tourmenter ses sujets ? Supprimez toutes ces prohibitions qui engourdissent le commerce, qui en coupent et restreignent les branches, qui gênent la circulation. Vous rendrez l'empire florissant, vous aurez le précieux avantage de retrancher de votre code criminel les lois pénales et infamantes qui ont fait périr dans des supplices nombre de citoyens qui n'ont commis d'autres crimes que ceux qu'une loi injuste et contraire au droit naturel leur a fait commettre. Quand on ne retirerait de la liberté du commerce que le seul avantage de conserver la vie à plusieurs milliers de citoyens, cet avantage nous paraît bien puissant pour faire une grande impression sur le cœur d'un Monarque qui veut être le père tendre, le père chéri de ses peuples.

7°. Puisqu'il est question d'une réforme générale dans toutes les parties de l'administration, demander la réforme des abus qui se commettent dans la perception des droits féodaux ou seigneuriaux qu'il serait bien intéressant pour le public de pouvoir racheter.

La plupart de ces droits sont la suite de la loi du plus fort. 
L'ignorance, la barbarie des premiers siècles leur ont donné naissance. La subtilité des commissaires à terrier, qui sont pour l'ordinaire des âmes vendues aux seigneurs, les ont perpétués et singulièrement augmentés à l'insu des vassaux qui croient avoir fait leur déclaration d'un héritage libre dans une coutume libre, et qui ne sont pas peu surpris, eux ou leurs descendants, de se voir poursuivis et contraints pour le paiement de certains droits qui ne remontent pas à une époque plus reculée que leur dernière déclaration. Pour avoir la preuve de cette vérité affligeante, il ne faut que compulser les derniers terriers faits depuis cinquante et même vingt-cinq ans. On verra que leur confection n'a eu que deux objets en vue : étendre les droits des seigneurs aux dépens des censitaires et enrichir les commissaires à terrier. 

Lorsqu'un vassal est poursuivi pour de nouveaux droits que ses prédécesseurs ne devaient pas, en vain demande-t-il la représentation des anciens terriers. C'est une justice qui lui est refusée. Ces terriers, grosses et minutes, sont dans les archives des seigneurs. Ils se gardent bien de les produire : 
1° parce que presque tous sont informes, remplis de surcharges et de ratures, jamais clos ni finis ; 
2° parce que, suivant l'axiome de droit, personne n'est obligé de produire contre soi-même. 

En conséquence, pour obvier aux abus des nouveaux terriers, demander : 

1°) Comme les terriers sont un acte commun qui intéresse le censitaire comme le seigneur, qu'il en soit déposé une expédition revêtue de toutes ses formalités soit dans les archives de la paroisse ou le coffre-fort de la fabrique, soit au greffe ou dans l'étude du notaire royal le plus voisin, pour que les parties qui auront besoin d'en lever des extraits puissent y avoir recours toutes les fois qu'elles le voudront ; 

2°) de fixer la rétribution des commissaires à terrier à un prix qui ne soit ni ruineux ni onéreux pour les particuliers ; 

3° ) de voir dire que les terriers seront parachevés dans les temps fixés par l'obtention des lettres, et qu'ils ne seront clos que dans une assemblée d'habitants auxquels lecture sera faite de leurs obligations générales ou particulières insérées auxdits terriers, en présence de quatre témoins qui ne seront pas de la paroisse, qui signeront lesdits terriers avec ceux des habitants qui savent signer, afin d'éviter par là toute fraude et toute suspicion. 

8°. Demander que les assemblées municipales soient conservées, soit que les provinces soient érigées en États provinciaux ou bien que les assemblées provinciales subsistent. Les assemblées municipales, depuis leur origine, ont toujours été animées du bien public ; elles ont cherché tous les moyens de le procurer : on a lieu d'en attendre un plus grand encore, à mesure quelles se perfectionneront.

9°. Demander que les dîmes retournent aux curés auxquels elles appartiennent de droit commun, La dîme est une contribution volontaire que les paroisses se sont imposée pour être desservies, pour recevoir de leurs pasteurs les instructions nécessaires, pour se procurer l'audition de la messe, l'administration des sacrements, et généralement tous les secours spirituels et temporels dont peuvent avoir besoin tant en santé qu'en maladie. C'est donc contre le vœu de cet établissement que les dîmes appartiennent aujourd'hui aux gros bénéficiers, aux chapitres des églises cathédrales, collégiales ou autres communautés religieuses, même à des laïcs qui appellent ces sortes de dîmes inféodées, qui ne contribuent en rien aux charges des paroissiens qui ne retirent aucun secours, aucune consolation de cette classe de bénéficiers. Pourquoi ils se croient bien fondés à demander le retour des dîmes à leurs pasteurs dont il est intéressant, pour les besoins de l'humanité souffrante, d'améliorer le sort.

Nous le disons ici avec tout l'attendrissement et la reconnaissance dont nous sommes capables, nos curés sont nos pères : si nous sommes dans l'affliction, ils nous donnent des consolations ; si nous sommes dans le besoin, ils nous tendent une main secourable. Nous en avons fait la douce expérience dans l'hiver rigoureux que nous venons d'essuyer. Si tous n'ont pas fait ce que la bonté de leur cœur leur suggérait, c'est que, malheureusement, ils n'en avaient pas la faculté.

Notre joie serait parfaite si nous pouvions payer le même tribut d'éloges à nos gros seigneurs, si jaloux de leurs droits dont les gens d'affaires poursuivent le recouvrement avec tant d'avidité. Ces gros seigneurs vivent dans la capitale ; ils y dépensent tout ce qu'ils retirent de leurs terres que nous cultivons et dont il ne nous reste que les sueurs et les larmes. Ils ne sont pas témoins de nos larmes comme nos pasteurs, aussi n'ont-ils pas le même empressement à les essuyer.

10°. Enfin, donnons à nos députés tout pouvoir de pour nous et en notre nom, de concert avec les députés des autres paroisses, proposer, remontrer, accorder tout ce qu'ils croiront utile pour le bien du royaume, la pleine et entière satisfaction de Sa Majesté et pour le soulagement de cette paroisse. 


Fait et donné dans notre assemblée du 15 mars 1789, en exécution du règlement de Sa Majesté du 24 janvier dernier. 



**********

Difficile de ne pas faire un parallèle avec ce qui se passe aujourd'hui, 230 ans plus tard : déficit de l'état, crises sociale et politique, grand débat, ... mais cette fois, pas de sans-culottes. Des gilets jaunes !
Que se passera-t-il en Mai 2019 ?
Le 5 Mai 1789 commença la révolution française.

Source : AD89








1 mars 2019

Le grand incendie

En cet après-midi du 30 Juillet 1829, il fait chaud, l'air est étouffant et le temps tourne à l'orage.
Dans l’arrière-cour d'une ferme du village, le propriétaire des lieux s’apprête à brûler quelques tailles de haies, d'orties et de chardons qui séchaient depuis quelques jours, lorsque son voisin maçon l'interpelle pour discuter d'un tracé à modifier au sujet de travaux en prévisions.
Le fermier rebrousse chemin à la rencontre de l’artisan et demande à son commis de brûler le tas de saletés une fois la litière des chevaux finie. Ce que fit l'homme dès sa tâche terminée.
A l'écart des bâtiments, il commence prudemment à allumer un feu avec quelques brindilles pour l'alimenter ensuite de minuscules fourchées. Il est très attentif. Il a pour mémoire l'incendie de St Florentin 16 ans auparavant ; pas question de revivre un tel événement !
Le tonnerre gronde subitement, ce qui détourne son attention. Simultanément, un coup de vent déclenche un tourbillon d'air.  Des flammèches s'envolent hors de sa vue. Il reprend sa tâche, calme le feu ravivé à coups de fourche.
Il n'a rien vu !
Dans son dos, sous l'effet d'une autre rafale, le chaume de la remise s’enflamme brusquement et bruyamment. Il se retourne, reste figé, impuissant.
Le clocher sonne 15 heures.
Les deux hommes, en pleine discussion, s’aperçoivent du désastre naissant. Ils chassent à voix hautes le monde de la maison, courent détacher vaches et chevaux déjà affolés. D'autres toits de chaumes s’embrasent rapidement.  La fumée de plus en plus dense devient suffocante. Il n’est plus question de revenir dans les pénates pour sauver quelques objets de valeur. Cochons, poules, lapins sont abandonnés à leur triste sort.
Dans la rue, les gamins crient au feu, au feu, ... et le curé déjà averti se démène à sonner le tocsin, à peine secondé par son bedeau, ce dernier complètement sonné !
Le vent prend de la vigueur, les flammes aussi.  Les habitants paniqués essaient de sauver ce qui est possible. Les femmes en couches, les malades sont extirpés de leurs paillasses. D'autres se télescopent avec charrettes et brouettes sur lesquelles sont jetés à la hâte denrées alimentaires, linges, vêtements, ...
La majorité des hommes sont aux champs, c'est la saison des moissons.
Alertés par la cloche et à la vue du panache de fumée au-dessus du village, ils saisissent immédiatement la gravité et prennent leurs jambes à leur cou pour revenir au plus vite au village.  A peine arrivés, ils croisent des gens éberlués, hagards, noircis par la fumée, d'autres plus loin aident les moins vaillants. Dans la fournaise, des cris, des pleurs, les premiers craquements, les premiers éboulements. L’horreur !
Vers 16h00, l'orage éclate, libérant une eau qui aurait pu être salvatrice mais l'incendie est d'une telle puissance, qu'il n'en est rien, tout au moins à son commencement. La moitié des maisons du village sont en feu, l'église et les bâtiments proches sont miraculeusement épargnés.  La pluie s'intensifie, des trombes d'eau arrivent enfin à bout des flammes évitant que l'autre partie du village s'embrase à son tour.
Quelques habitants, revenus sur place pour essayer de retrouver des biens, errent au milieu des fumerolles.
Détrempés jusqu'aux os, ils pataugent dans une bouillasse noire et épaisse, complément désorientés.  On croirait voir des fantômes.
Les lieux sont méconnaissables, la scène complètement apocalyptique.
Beaucoup se sont retrouvés en périphérie du village, certains se sont réfugiés à l’église, d'autres à la ferme de Mailly ou au château.
Les habitants de Jaulges, le village le plus proche, alertés eux aussi par tocsin et fumées, viennent aider, soutenir, ravitailler, et proposent l’hébergement.
Après la panique, l'angoisse, l’abattement, ... enfin un peu de réconfort.
La nuit tombe sur le village.

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En cet après-midi, 65 maisons furent réduites en cendres avec miraculeusement une seule victime à déplorer, une personne âgée oubliée par tous, calcinée dans sa sieste.
La violence du vent fût si grande que des mèches de glui furent emportées jusqu'à Beugnon, éloigné de deux lieues.

Il a fallu s'organiser pour reconstruire. Les maisons furent rebâties et couvertes en tuiles, l'aspect du village fut ainsi changé, avec de plus grandes rues, de plus grands espaces, celui que l’on connait aujourd’hui.
Quelques chaumières épargnées par l’incendie, notamment dans le bas du village route de St Florentin, subsistèrent encore quelques années.

Chaumière, comme à Chéu
Un exemple de chaumière de notre région

Pour les amateurs d'anachronisme, ce tragique événement aurait purifié le village des esprits maléfiques, pffff...vaut mieux en sourire !
Effectivement, quelques faits divers de « sorcellerie » se seraient déroulés vers 1700, mais c’était il y a bien longtemps ! (Voir les articles sur ce blogue).

Source et inspiration :
Histoire de l'abbaye de Pontigny ordre de Cîteaux ... de l'abbé Henry (Vaast Barthélemy Henry)
Contes et histoire vraies de la vie - Souvenirs d'un gamin de Chéu, village des bords de l'Armançon, (Chapitre 18) d'Yves Malaquin.
Les noms des personnages ont été retirés volontairement.